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samedi, septembre 12, 2026
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[Portrait] Athlétisme: Gina Bass, la policière devenue sprinteuse 

Porte-drapeau de la Gambie aux Jeux Olympiques de Tokyo de cette année comme en 2016 à Rio, Gina Bass a échoué au pied du podium en demi-finale au 100 comme au 200 mètres féminins. Un parcours à demi-teinte qui aura été malgré tout « un tournant » dans la carrière de la jeune athlète qui a battu son propre record et qui, vise désormais la finale pour espérer remporter enfin une médaille. Au retour de cette compétition mondiale majeure qui se tient tous les quatre ans, la sprinteuse issue des rangs de la police gambienne a été célébrée en héroïne et couverte de cadeaux. 

Portrait d’une sportive qui a « cru» en elle et qui est en train de « réaliser » ses rêves.  

Banjul, la mi-août. Début d’après-midi sous une atmosphère orageuse. Il a plu des cordes depuis la veille sans interruption. Mais la conférence de presse, annoncée quelques jours plutôt, pour un face-à-face entre la sprinteuse et les journalistes, est maintenue. La rencontre se tient sous un auvent en paille, dans un décor reverdi et détrempé, à l’arrière-cour du centre culturel français de Banjul. Au bout d’une dizaine de minutes de patience, une petite silhouette fait son apparition, accompagnée de trois colosses, tels ses bodyguards. Il ne faut cependant pas s’y méprendre : ce sont plutôt ses coéquipiers athlètes dont deux étaient de la délégation gambienne aux derniers JO de Tokyo, quelques jours avant. 

Mise plutôt sobre et juvénile : coiffée de mèches, visage engouffré dans un cache-nez, chemise de type velours et noire, pantalon jean délavé, assorti de chaussures noires tendance, Gina a des allures de jeune danseuse, insouciante hors de la  scène.   

Projecteurs

La séance peut démarrer. Les questions fusent de partout, mais les réponses ne coulent pas de source. Elles sont plutôt tronquées, laborieuses, voire adroitement esquivées. Le manège semble plus compliqué que prévu pour celle qui est devenue la vitrine de l’athlétisme gambien, en seulement quelques petites années de carrière.  Elle évoque avec un brin de spleen, regard furtif, l’expérience de Tokyo où elle a échoué au pied du podium à deux reprises en demi-finale au 100 comme au 200 mètres. « Ce fut une belle expérience. J’ai battu mon propre record », relativise Gina. Tout en regrettant d’être rentrée de cette compétition, bredouille en médailles. Mais, il y a eu l’autre consolation d’avoir été comme jamais, sous le feu des projecteurs pendant quelques semaines. 

En aparté, l’entretien s’effectue en anglais, langue dans laquelle elle se sent plus à l’aise. La nouvelle égérie du sport gambien n’est pas du genre à s’épancher sur sa vie privée. Les questions sont répétées, reformulées…Fastidieux exercice, que celui de vouloir arracher quelques mots à cette sportive de nature pudique et taciturne. Flanquée de celui qui fait office de chargé des relations avec la presse, et sans doute encouragée par ce dernier, elle finit par se prêter au jeu. Elle a un penchant a plus parler de sport que de sa vie privée. Il faut donc débuter par la carrière de celle qui a fini de faire du Sénégal son deuxième pays grâce au sport. 

En effet, faute d’infrastructures adéquates dans son pays, la sprinteuse a choisi Dakar comme camp d’entraînement. Elle réside la moitié de l’année dans la capitale sénégalaise. Gina dit connaître parfaitement le petit monde de l’athlétisme sénégalais. Elle est familière des grands noms de ce sport de performance dans ce pays d’adoption, voisin immédiat du sien. Elle qualifie Fatou Gueye de « meilleure amie ».  Etant gambienne, elle ne peut que se sentir « chez elle » à Dakar après tout, lâche la policière de formation. 

Refus de naturalisation sénégalaise

Ces séjours prolongés dans l’ex-capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF) ne l’ont pourtant pas encouragé à opter pour la nationalité sénégalaise, sans doute plus porteuse pour sa carrière. La fédération sénégalaise d’athlétisme lui a bien proposé la naturalisation, à force de la voir s’entrainer au stade Léopold Sédar Senghor où elle a ses habitudes. Invite quelle n’a pas hésité une seconde à décliner « par Amour pour sa patrie », invoque-t-elle, hilare. 

Le manque d’infrastructures est certes un handicap. Et de s’établir au Sénégal est une bonne chose en soi. Malgré des contraintes de diverses sortes, Dakar demeure pour la sprinteuse, un havre de paix et un lieu idéal de préparation en vue de futures performances. Elle le dit et le répète « son seul secret, ce sont les entrainements ». Elle ne s’y ménage pas avant et à l’approche de chaque compétition. Ses intenses journées d’effort sur la piste ou dans la salle de musculation, sont invariablement ponctuées par la récupération.  « Je récupère énormément ! L’athlète n’a pas besoin de beaucoup de distraction. Il faut suffisamment d’influx nerveux pour combattre le stress qui est très présent dans la discipline » ! Elle, dit avoir « beaucoup stressé » après une série de blessures et plus récemment, avec l’arrivée de la pandémie. Elle est, le plus souvent cloitrée à son domicile dakarois. Gina nous révèle avec soulagement, que de la question de la logistique et d’un accompagnement plus significatif, a été au menu de l’audience avec le président de la République qui a promis d ‘y remédier « pour de bon ». La jeune manjak, célébrée par sa communauté ultra minoritaire en Gambie, ose y croire . 

La native de Toubacouta couverte de cadeaux

Reçue en grande pompe au palais présidentiel en compagnie de la délégation gambienne aux JO, elle a été accueillie en héroïne à son retour au bercail. Outre une somme d’une valeur de plus de cinq millions de FCFA, Gina a reçu des mains du président gambien les clés d’une voiture. Par ailleurs, une bonne volonté avait promis la construction d’un logement pour elle et sa famille à son retour des JO.

 Ses collègues de la police pour qui elle est désormais une fierté, se sont chargés de l’exécution des travaux en un temps record. Même si, les sponsors ne se bousculent pas comme encore, comme cela avait été espéré à l’issue de la dernière olympiade.  L’élan de solidarité chez ses compatriotes demeure tout de même.  En quelques jours, une collecte de fonds en ligne a recueilli plus de 1400 dollars, sans compter les cadeaux en nature. Le pactole lui est présenté en marge de cette conférence de presse. S’en est suivie une effusion de joie à peine masquée. A 26 ans, l’athlète savoure cette attention affectueuse dont elle a longtemps rêvé. Elle se réjouit, reconnaissante, mais se dit « surprise » du soutien et l’engouement autour d’elle lors des JO au pays du soleil levant. « C’est positif et motivant pour la suite de ma carrière » Dorénavant, « sa vie a changé », avoue-t-elle avec humilité, pleine de gratitude envers ses compatriotes. 

A présent détendue et rayonnante, elle offre un visage contrastant avec l’image qui lui colle tant ! Celle d’une personne à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. D’ailleurs, n’a-t-elle pas été affublée du surnom « d’athlète la plus pauvre », en référence à son statut social jusque-là peu enviable ? Pendant plusieurs années, elle a connu la galère d’alterner tous les jours dans une circulation infernale, bus et taxis entre son domicile et le centre d’entrainement qu’elle fréquentait alors.

Gina a tout arraché à la vie. Depuis son enfance plus que modeste à Toubacouta, bourgade située à une dizaine de km de Brikama dans le Sud de Banjul où elle a vu le jour, elle a appris à bourlinguer, au gré des déménagements de ses parents. Elle aura connu plusieurs vies, même à la vingtaine révolue. Après le bac, elle fait ses armes dans la police gambienne d’où elle sort sergente en 2014. Mais elle se sait plutôt faite pour le sport, avec sa taille moyenne (1m 60).  

Maintenir les performances

En attendant la plus prestigieuse compétition de l’athlétisme mondial à Paris en 2024, la sprinteuse ne chôme pas. Elle se projette déjà sur 2022 et les différentes compétitions prévues, en espérant « faire mieux » que cette année, si elle ne se blesse pas entre-temps. Le prochain défi, se qualifier en finale car, dit-elle, une fois arrivée à ce stade « tout est possible » pour remporter une médaille. Elle ne considère pas l’épisode en pays nippon comme un échec. « L’athlétisme, ce sont des paliers. On ne peut pas tricher. Ni brûler les étapes », professe-t-elle. Se remémorant ses débuts, elle estime s’être beaucoup « améliorée » et se projette sur les prochaines compétitions, pour dit-elle, « maintenir ses performances ». En ligne de mire : les meetings qui se déroulent en France, au sud de Paris où elle séjourne plusieurs mois dans l’année.

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Portrait d’une sportive qui a « cru» en elle et qui est en train de « réaliser » ses rêves.  

Banjul, la mi-août. Début d’après-midi sous une atmosphère orageuse. Il a plu des cordes depuis la veille sans interruption. Mais la conférence de presse, annoncée quelques jours plutôt, pour un face-à-face entre la sprinteuse et les journalistes, est maintenue. La rencontre se tient sous un auvent en paille, dans un décor reverdi et détrempé, à l’arrière-cour du centre culturel français de Banjul. Au bout d’une dizaine de minutes de patience, une petite silhouette fait son apparition, accompagnée de trois colosses, tels ses bodyguards. Il ne faut cependant pas s’y méprendre : ce sont plutôt ses coéquipiers athlètes dont deux étaient de la délégation gambienne aux derniers JO de Tokyo, quelques jours avant. 

Mise plutôt sobre et juvénile : coiffée de mèches, visage engouffré dans un cache-nez, chemise de type velours et noire, pantalon jean délavé, assorti de chaussures noires tendance, Gina a des allures de jeune danseuse, insouciante hors de la  scène.   

Projecteurs

La séance peut démarrer. Les questions fusent de partout, mais les réponses ne coulent pas de source. Elles sont plutôt tronquées, laborieuses, voire adroitement esquivées. Le manège semble plus compliqué que prévu pour celle qui est devenue la vitrine de l’athlétisme gambien, en seulement quelques petites années de carrière.  Elle évoque avec un brin de spleen, regard furtif, l’expérience de Tokyo où elle a échoué au pied du podium à deux reprises en demi-finale au 100 comme au 200 mètres. « Ce fut une belle expérience. J’ai battu mon propre record », relativise Gina. Tout en regrettant d’être rentrée de cette compétition, bredouille en médailles. Mais, il y a eu l’autre consolation d’avoir été comme jamais, sous le feu des projecteurs pendant quelques semaines. 

En aparté, l’entretien s’effectue en anglais, langue dans laquelle elle se sent plus à l’aise. La nouvelle égérie du sport gambien n’est pas du genre à s’épancher sur sa vie privée. Les questions sont répétées, reformulées…Fastidieux exercice, que celui de vouloir arracher quelques mots à cette sportive de nature pudique et taciturne. Flanquée de celui qui fait office de chargé des relations avec la presse, et sans doute encouragée par ce dernier, elle finit par se prêter au jeu. Elle a un penchant a plus parler de sport que de sa vie privée. Il faut donc débuter par la carrière de celle qui a fini de faire du Sénégal son deuxième pays grâce au sport. 

En effet, faute d’infrastructures adéquates dans son pays, la sprinteuse a choisi Dakar comme camp d’entraînement. Elle réside la moitié de l’année dans la capitale sénégalaise. Gina dit connaître parfaitement le petit monde de l’athlétisme sénégalais. Elle est familière des grands noms de ce sport de performance dans ce pays d’adoption, voisin immédiat du sien. Elle qualifie Fatou Gueye de « meilleure amie ».  Etant gambienne, elle ne peut que se sentir « chez elle » à Dakar après tout, lâche la policière de formation. 

Refus de naturalisation sénégalaise

Ces séjours prolongés dans l’ex-capitale de l'Afrique Occidentale Française (AOF) ne l’ont pourtant pas encouragé à opter pour la nationalité sénégalaise, sans doute plus porteuse pour sa carrière. La fédération sénégalaise d’athlétisme lui a bien proposé la naturalisation, à force de la voir s’entrainer au stade Léopold Sédar Senghor où elle a ses habitudes. Invite quelle n’a pas hésité une seconde à décliner « par Amour pour sa patrie », invoque-t-elle, hilare. 

Le manque d’infrastructures est certes un handicap. Et de s’établir au Sénégal est une bonne chose en soi. Malgré des contraintes de diverses sortes, Dakar demeure pour la sprinteuse, un havre de paix et un lieu idéal de préparation en vue de futures performances. Elle le dit et le répète « son seul secret, ce sont les entrainements ». Elle ne s’y ménage pas avant et à l’approche de chaque compétition. Ses intenses journées d’effort sur la piste ou dans la salle de musculation, sont invariablement ponctuées par la récupération.  « Je récupère énormément ! L’athlète n’a pas besoin de beaucoup de distraction. Il faut suffisamment d’influx nerveux pour combattre le stress qui est très présent dans la discipline » ! Elle, dit avoir « beaucoup stressé » après une série de blessures et plus récemment, avec l’arrivée de la pandémie. Elle est, le plus souvent cloitrée à son domicile dakarois. Gina nous révèle avec soulagement, que de la question de la logistique et d’un accompagnement plus significatif, a été au menu de l’audience avec le président de la République qui a promis d 'y remédier « pour de bon ». La jeune manjak, célébrée par sa communauté ultra minoritaire en Gambie, ose y croire . 

La native de Toubacouta couverte de cadeaux

Reçue en grande pompe au palais présidentiel en compagnie de la délégation gambienne aux JO, elle a été accueillie en héroïne à son retour au bercail. Outre une somme d’une valeur de plus de cinq millions de FCFA, Gina a reçu des mains du président gambien les clés d’une voiture. Par ailleurs, une bonne volonté avait promis la construction d’un logement pour elle et sa famille à son retour des JO.

 Ses collègues de la police pour qui elle est désormais une fierté, se sont chargés de l’exécution des travaux en un temps record. Même si, les sponsors ne se bousculent pas comme encore, comme cela avait été espéré à l’issue de la dernière olympiade.  L’élan de solidarité chez ses compatriotes demeure tout de même.  En quelques jours, une collecte de fonds en ligne a recueilli plus de 1400 dollars, sans compter les cadeaux en nature. Le pactole lui est présenté en marge de cette conférence de presse. S’en est suivie une effusion de joie à peine masquée. A 26 ans, l’athlète savoure cette attention affectueuse dont elle a longtemps rêvé. Elle se réjouit, reconnaissante, mais se dit « surprise » du soutien et l’engouement autour d'elle lors des JO au pays du soleil levant. « C'est positif et motivant pour la suite de ma carrière » Dorénavant, « sa vie a changé », avoue-t-elle avec humilité, pleine de gratitude envers ses compatriotes. 

A présent détendue et rayonnante, elle offre un visage contrastant avec l’image qui lui colle tant ! Celle d’une personne à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. D'ailleurs, n’a-t-elle pas été affublée du surnom « d’athlète la plus pauvre », en référence à son statut social jusque-là peu enviable ? Pendant plusieurs années, elle a connu la galère d’alterner tous les jours dans une circulation infernale, bus et taxis entre son domicile et le centre d’entrainement qu’elle fréquentait alors.

Gina a tout arraché à la vie. Depuis son enfance plus que modeste à Toubacouta, bourgade située à une dizaine de km de Brikama dans le Sud de Banjul où elle a vu le jour, elle a appris à bourlinguer, au gré des déménagements de ses parents. Elle aura connu plusieurs vies, même à la vingtaine révolue. Après le bac, elle fait ses armes dans la police gambienne d'où elle sort sergente en 2014. Mais elle se sait plutôt faite pour le sport, avec sa taille moyenne (1m 60).  

Maintenir les performances

En attendant la plus prestigieuse compétition de l’athlétisme mondial à Paris en 2024, la sprinteuse ne chôme pas. Elle se projette déjà sur 2022 et les différentes compétitions prévues, en espérant « faire mieux » que cette année, si elle ne se blesse pas entre-temps. Le prochain défi, se qualifier en finale car, dit-elle, une fois arrivée à ce stade « tout est possible » pour remporter une médaille. Elle ne considère pas l’épisode en pays nippon comme un échec. « L’athlétisme, ce sont des paliers. On ne peut pas tricher. Ni brûler les étapes », professe-t-elle. Se remémorant ses débuts, elle estime s’être beaucoup « améliorée » et se projette sur les prochaines compétitions, pour dit-elle, « maintenir ses performances ». En ligne de mire : les meetings qui se déroulent en France, au sud de Paris où elle séjourne plusieurs mois dans l’année.