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samedi, septembre 12, 2026
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PR MAMADOU DIOUF SUR LE MASSACRE DE THIAROYE

“Il existe une entreprise délibérée de dissimulation, orchestrée par l’État français”

Lors d’une conférence de presse tenue hier à la Primature, le Comité de commémoration du 80e anniversaire du Massacre de Thiaroye a présenté le Livre blanc consacré à cette tragédie. A cette occasion, le professeur Mamadou Diouf a dénoncé une dissimulation délibérée de l’État français et regretté l’inaccessibilité des archives. Il a assuré que le travail de vérité se poursuivra.

Le massacre du 1er décembre 1944, connu sous le nom de drame de Thiaroye, reste à ce jour un événement dont certains détails sont connus, tandis que d’autres demeurent obscurs”, a fait savoir d’emblée hier le professeur Mamadou Diouf, président du Comité de commémoration du 80e anniversaire du Massacre de Thiaroye.

Face à la presse, Pr Diouf a indiqué que l’objectif du Livre blanc, remis jeudi dernier au Président Diomaye Faye, était justement de tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé. Il s’agissait, souligne-t-il, de rassembler l’ensemble des informations disponibles sur cet événement tragique, mais aussi de produire un commentaire porté par les acteurs eux-mêmes, c’est-à-dire les victimes. Car, renchérit-il, comme pour tous les grands récits liés aux empires coloniaux, ce sont souvent les métropoles qui racontent l’histoire.

“Notre volonté, en tant qu’Africains, est d’abord de déconstruire ce récit métropolitain, afin d’ouvrir un espace pour un récit proprement africain. Autrement dit, il est temps de raconter notre propre histoire, et de ne plus laisser d’autres la raconter à notre place”, a-t-il expliqué.

Poursuivant, l’historien a soutenu que le livre aborde la question des archives (orales, écrites, esthétiques et historiographiques) qui portent sur l’événement de Thiaroye et sur les différentes manières dont ce massacre a été raconté au fil du temps.

Selon Pr Mamadou Diouf, autour de la tragédie de Thiaroye, il existe une entreprise délibérée de dissimulation, orchestrée par l’État français. Il s’agit, déplore-t-il, d’un effort conscient de manipulation de l’information, de refus d’archive, de refus même de narration. Autrement dit, souligne-t-il, un silence organisé.

Pire, il révèle que personne n’a encore tenté de mener une fouille archéologique rigoureuse dans les cimetières de Thiaroye. “On ne sait pas exactement qui y est enterré, dans quelles conditions les corps ont été inhumés, comment les tirailleurs tués ont été traités post-mortem. Autant d’éléments essentiels pour produire une connaissance complète de cette tragédie”, a laissé entendre le président du Comité du Comité de commémoration du 80e anniversaire du massacre de Thiaroye.

A l’en croire, le cœur du problème, aujourd’hui encore, réside dans le contrôle de l’information. Car les historiens continuent d’affirmer que les autorités françaises n’ont pas tout livré. Les archives restent incomplètes, inaccessibles. “Prenons un exemple simple : personne ne peut dire aujourd’hui avec certitude qui étaient les tirailleurs embarqués en France puis rapatriés à Dakar. La France affirme que cette liste n’existe pas. Mais comment imaginer une troupe militaire sans recensement ? Sans liste ? Sans appel matinal, sans cantonnement officiel ? Cela défie toute logique administrative militaire. Et pourtant, cette absence délibérée de trace est le signe même de la volonté d’effacer. D’oublier. D’imposer le silence”, a expliqué Monsieur Diouf.

“Le Livre blanc s’attache à démonter les mécanismes qui ont permis à l’État français de dissimuler a tragédie de Thiaroye”

Le livre blanc présenté hier rappelle également que le massacre de Thiaroye s’est produit à un moment clé de l’histoire : celui de la Libération. Une période marquée, en France, par une mémoire triomphante, euphorique, celle d’un pays libéré du joug nazi, d’un peuple retrouvé dans sa dignité.

Mais dans cette euphorie nationale, laisse entendre Pr Diouf, les soldats africains, qui ont pourtant combattu pour la France, se voient exclus du récit glorieux. “La France leur dit : vous avez fait la guerre, mais vous ne ferez pas partie de la gloire de la Libération”, se désole-t-il. 

Selon lui, ce retour à l’ordre se fait brutalement : on retombe dans la logique coloniale, faite de soumission, de violence, de silence. Or, note-t-il, les tirailleurs rapatriés, eux, refusent de se taire. “Ils revendiquent leur solde, leur reconnaissance, leur dignité. Et c’est cette prise de parole, ce refus du silence, qui mène à la tragédie.”

Mamadou Diouf soutient que le Livre blanc s’attache à démonter les mécanismes qui ont permis à l’État français de dissimuler la tragédie de Thiaroye – cette tache profonde sur les habits étincelants de la France libérée. “Cette dissimulation, nous ne l’avons pas seulement retrouvée dans les textes : elle est aussi inscrite dans la matérialité même des lieux, notamment au cimetière de Thiaroye. Il reste à ce jour un lieu sans fouille, sans identification, sans vérité”, déclare-t-il.

En définitive, Pr Diouf a indiqué que les tirailleurs de Thiaroye ne se battaient pas uniquement pour leur prime ou leur salaire. “Leur combat allait bien au-delà des revendications matérielles. Ils se battaient avant tout pour leur dignité, pour le respect qui leur était dû en tant qu’hommes, en tant que soldats, en tant qu’Africains ayant participé à une guerre mondiale. Ce que révèle l’histoire de Thiaroye, c’est aussi l’éveil progressif des sociétés africaines, qui commencent alors à assembler les éléments d’une pensée politique autonome. Une pensée qui interroge : la souveraineté première, celle des peuples, l’unité continentale, et l’idéal panafricain”, a indiqué l’historien.

Qui estime que dans bien des cas, parler de Thiaroye est perçu comme une critique dirigée contre la France, voire comme un discours anti-français. Mais, souligne-t-il, ce regard est, en réalité, réducteur et méprisant. “Il nie la légitimité d’un travail mémoriel, d’une recherche de vérité, qui n’a pas pour but de condamner, mais de comprendre et affirmer notre propre histoire”, a-t-il affirmé. Non sans assurer que c’est un travail qui ne fait que commencer, et qui va se poursuivre.

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Lors d’une conférence de presse tenue hier à la Primature, le Comité de commémoration du 80e anniversaire du Massacre de Thiaroye a présenté le Livre blanc consacré à cette tragédie. A cette occasion, le professeur Mamadou Diouf a dénoncé une dissimulation délibérée de l’État français et regretté l’inaccessibilité des archives. Il a assuré que le travail de vérité se poursuivra.

Le massacre du 1er décembre 1944, connu sous le nom de drame de Thiaroye, reste à ce jour un événement dont certains détails sont connus, tandis que d’autres demeurent obscurs”, a fait savoir d’emblée hier le professeur Mamadou Diouf, président du Comité de commémoration du 80e anniversaire du Massacre de Thiaroye.

Face à la presse, Pr Diouf a indiqué que l’objectif du Livre blanc, remis jeudi dernier au Président Diomaye Faye, était justement de tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé. Il s’agissait, souligne-t-il, de rassembler l’ensemble des informations disponibles sur cet événement tragique, mais aussi de produire un commentaire porté par les acteurs eux-mêmes, c’est-à-dire les victimes. Car, renchérit-il, comme pour tous les grands récits liés aux empires coloniaux, ce sont souvent les métropoles qui racontent l’histoire.

“Notre volonté, en tant qu’Africains, est d’abord de déconstruire ce récit métropolitain, afin d’ouvrir un espace pour un récit proprement africain. Autrement dit, il est temps de raconter notre propre histoire, et de ne plus laisser d’autres la raconter à notre place”, a-t-il expliqué.

Poursuivant, l’historien a soutenu que le livre aborde la question des archives (orales, écrites, esthétiques et historiographiques) qui portent sur l’événement de Thiaroye et sur les différentes manières dont ce massacre a été raconté au fil du temps.

Selon Pr Mamadou Diouf, autour de la tragédie de Thiaroye, il existe une entreprise délibérée de dissimulation, orchestrée par l’État français. Il s’agit, déplore-t-il, d’un effort conscient de manipulation de l’information, de refus d’archive, de refus même de narration. Autrement dit, souligne-t-il, un silence organisé.

Pire, il révèle que personne n’a encore tenté de mener une fouille archéologique rigoureuse dans les cimetières de Thiaroye. “On ne sait pas exactement qui y est enterré, dans quelles conditions les corps ont été inhumés, comment les tirailleurs tués ont été traités post-mortem. Autant d’éléments essentiels pour produire une connaissance complète de cette tragédie”, a laissé entendre le président du Comité du Comité de commémoration du 80e anniversaire du massacre de Thiaroye.

A l’en croire, le cœur du problème, aujourd’hui encore, réside dans le contrôle de l’information. Car les historiens continuent d’affirmer que les autorités françaises n’ont pas tout livré. Les archives restent incomplètes, inaccessibles. “Prenons un exemple simple : personne ne peut dire aujourd’hui avec certitude qui étaient les tirailleurs embarqués en France puis rapatriés à Dakar. La France affirme que cette liste n’existe pas. Mais comment imaginer une troupe militaire sans recensement ? Sans liste ? Sans appel matinal, sans cantonnement officiel ? Cela défie toute logique administrative militaire. Et pourtant, cette absence délibérée de trace est le signe même de la volonté d’effacer. D’oublier. D’imposer le silence”, a expliqué Monsieur Diouf.

“Le Livre blanc s’attache à démonter les mécanismes qui ont permis à l’État français de dissimuler a tragédie de Thiaroye”

Le livre blanc présenté hier rappelle également que le massacre de Thiaroye s’est produit à un moment clé de l’histoire : celui de la Libération. Une période marquée, en France, par une mémoire triomphante, euphorique, celle d’un pays libéré du joug nazi, d’un peuple retrouvé dans sa dignité.

Mais dans cette euphorie nationale, laisse entendre Pr Diouf, les soldats africains, qui ont pourtant combattu pour la France, se voient exclus du récit glorieux. “La France leur dit : vous avez fait la guerre, mais vous ne ferez pas partie de la gloire de la Libération”, se désole-t-il. 

Selon lui, ce retour à l’ordre se fait brutalement : on retombe dans la logique coloniale, faite de soumission, de violence, de silence. Or, note-t-il, les tirailleurs rapatriés, eux, refusent de se taire. “Ils revendiquent leur solde, leur reconnaissance, leur dignité. Et c’est cette prise de parole, ce refus du silence, qui mène à la tragédie.”

Mamadou Diouf soutient que le Livre blanc s’attache à démonter les mécanismes qui ont permis à l’État français de dissimuler la tragédie de Thiaroye – cette tache profonde sur les habits étincelants de la France libérée. “Cette dissimulation, nous ne l’avons pas seulement retrouvée dans les textes : elle est aussi inscrite dans la matérialité même des lieux, notamment au cimetière de Thiaroye. Il reste à ce jour un lieu sans fouille, sans identification, sans vérité”, déclare-t-il.

En définitive, Pr Diouf a indiqué que les tirailleurs de Thiaroye ne se battaient pas uniquement pour leur prime ou leur salaire. “Leur combat allait bien au-delà des revendications matérielles. Ils se battaient avant tout pour leur dignité, pour le respect qui leur était dû en tant qu'hommes, en tant que soldats, en tant qu’Africains ayant participé à une guerre mondiale. Ce que révèle l’histoire de Thiaroye, c’est aussi l’éveil progressif des sociétés africaines, qui commencent alors à assembler les éléments d’une pensée politique autonome. Une pensée qui interroge : la souveraineté première, celle des peuples, l’unité continentale, et l’idéal panafricain”, a indiqué l'historien.

Qui estime que dans bien des cas, parler de Thiaroye est perçu comme une critique dirigée contre la France, voire comme un discours anti-français. Mais, souligne-t-il, ce regard est, en réalité, réducteur et méprisant. “Il nie la légitimité d’un travail mémoriel, d’une recherche de vérité, qui n’a pas pour but de condamner, mais de comprendre et affirmer notre propre histoire”, a-t-il affirmé. Non sans assurer que c’est un travail qui ne fait que commencer, et qui va se poursuivre.